HALTE AU GAZON !

 
 
 

Qui n’a jamais rêvé en s’installant dans une maison avec jardin de sa belle pelouse à l’anglaise taillée au ciseau comme à Buckingham Palace ?

En général, l’histoire commence ainsi : Monsieur le jardinier, je voudrais une belle pelouse pour pouvoir y marcher pieds nus toute l’année. Elle se poursuit souvent comme ça : « C’est quoiii cette facture d’eau ? » ou « Help, ma pelouse est envahie par la mousse » ou encore « je ne comprends pas pourquoi ma pelouse est jaune cet été ».

Vous l’aurez compris, la pelouse est une hérésie importée par les anglais sous nos latitudes. Un beau gazon pousse aisément dans des régions pluvieuses, beaucoup moins bien chez nous. En climat méditerranéen, composons avec le climat, sans pour autant sacrifier au dieu pelouse en plastique vos économies, et optons pour les « alternatives au gazon ». C’est beau, c’est économe en eau et c’est davantage local.

Pour les pressés, on vous conseille le Lippia nodiflora, c’est une plante couvre-sol qui s’étale très vite grâce à ses racines traçantes, pas de tonte, un peu d’entretien la première année mais elle supporte parfaitement bien le piétinement et la sécheresse et se couvre de petites fleurs blanc rosé de mai à septembre. Un bémol tout de même : son aspect hivernal n’est pas le plus beau car elle perd ses feuilles pendant cette saison. Comptez 4 godets par mètre carré.

Pour les voyageurs, vous opterez pour le Zoysia tenuifolia, c’est une variété de graminée qui vient de Madagascar, appelée aussi gazon des Mascareignes. On le trouve en godet mais aussi en plaque. Il a un drôle d’aspect formant un tapis à bosse et s’implante très bien sur des zones aux reliefs escarpés. Il nécessite peu d’arrosage mais a une croissance très lente et supporte mal les piétinements durant la première année.

Pour les botanistes, Thymus serpyllum, il supporte les sols très secs et se couvre de fleurs mellifères de mai à juillet. Hyper compact, il est à réserver aux petites surfaces (9 godets par m2) ; pour les plus grandes surfaces, préférez Thymus ciliatus.

À noter que ce sont des plantes dites allélopathiques : elles sécrètent des substances chimiques qui limitent le développement des espèces concurrentes. Un moyen facile pour limiter le désherbage sur votre parcelle.

Toutes ces variétés de plantes couvre-sol ont été particulièrement mises en avant par le pape du gazon alternatif : Olivier Filippi, pépiniériste à Mèze (34). Il conseille de les utiliser sur des surfaces peu importantes (moins de 100m2). Il souligne aussi la nécessité d’un bon travail du sol avant la plantation, afin que les racines de ces végétaux puissent facilement aller chercher l’eau en profondeur et ainsi mieux résister à la sécheresse. Ne ménagez donc pas vos efforts avant la plantation et préférez une plantation en godet à l’automne ou au début du printemps. Un arrosage en profondeur (rare et abondant) est nécessaire uniquement la première année. Il vous faudra au début surveiller vos plantations et désherber entre les plants afin de ne pas laisser se développer les espèces concurrentes.

Quant aux grands propriétaires, aux romantiques ou aux écolos, si vous aimez les pâquerettes ou si votre terrain fait plus de 100m2, sans hésitation optez pour une prairie fleurie. Un mélange de graines adapté à nos latitudes qui donnera un aspect sauvage à votre pelouse et y ramènera un peu de vie : polinisateurs et insectes en tout genre s’en délecteront et apporteront de la biodiversité à votre jardin. Une fauche annuelle suffit à l’entretien d’une prairie fleurie. Seul bémol, un aspect un peu jaune en été, au moment de la canicule...

Retrouvez également une description approfondie de toutes les solutions de couverture du sol, avec des conseils sur la préparation du sol, les techniques de plantation et l'entretien dans le livre d’Olivier Filippi Alternatives au gazon (Actes Sud 2011).

Anne-Laure de Villard

 

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