Johanna Piètre Hermès

 
 

Entre mer et fil, Johanna Piètre Hermès tisse une trajectoire singulière


@lafrenchpique – lafrenchpique.com
Propos recueillis par Anne

https://www.instagram.com/matthieudelfini/

 
 

Installée au Frioul, la fondatrice de la French Pique brode bien plus que des vêtements : elle raconte des histoires cousues main, ancrées dans la matière et le temps. Héritière d’un savoir-faire instinctif, elle transforme des pièces vintage en œuvres intimes, portées comme des manifestes sensibles.

Je croise Johanna Piètre Hermès un matin sur la Corniche, à la terrasse d’un café. La jeune trentenaire, entourée de ses deux chiens, attire le regard sans chercher à le capter. Réservée au premier abord, mais dotée d’un charisme presque solaire, elle dégage une force calme. Très vite, je fais le lien avec La French Pique. Johanna est brodeuse.

Marseillaise depuis dix ans, elle vit sur l’île du Frioul. Insulaire d’esprit et de cœur. Chaque matin, elle nettoie les plages. Un geste obstiné, presque dérisoire face à l’ampleur de la tâche. « C’est un peu David contre Goliath », glisse-t-elle. Un rituel quotidien, une manière d’habiter le monde avec responsabilité.

Elle commence par le tricot à treize ans, lorsque sa mère lui met des aiguilles entre les mains. Le fil devient un langage. Plus tard viendra la broderie, comme une évidence, plus précise, plus narrative.

Issue d’un univers où la mode est familière — une mère passée par le magazine Elle, une sœur chez Chanel — Johanna grandit avec l’idée que créer de ses mains est une nécessité. Descendantes de la famille Hermès, les deux sœurs portent l’artisanat comme une mémoire vivante.

Johanna débute la broderie bien avant qu’elle ne devienne phénomène. Elle travaille exclusivement sur commande. Chaque pièce naît d’un dialogue. Elle sélectionne des textiles vintage aux étoffes lourdes, parfois un bleu de travail, parfois une veste ancienne ou une chemise oubliée. La matière a déjà une histoire. Elle s’en imprègne, puis construit avec son client un monde onirique à deux voix.

Une pièce simple peut demander trente à cinquante heures de travail continu. Le prix se mesure difficilement. Porter l’une de ses créations, c’est porter une œuvre. L’envers reste volontairement brut : fils apparents, nœuds visibles. Elle aime que l’intérieur raconte la patience et le geste.

Johanna collabore avec des marques comme Esplgas, imagine des capsules, dialogue avec des univers plus larges, jusqu’à Uniqlo. Cet été, certaines pièces pourraient apparaître au Printemps des Terrasses du Port à Marseille.

Aujourd’hui, elle explore la céramique avec le même instinct. Pendant le Covid, son livre Pretty Broderie, publié aux éditions Mango, rencontre un vif succès.

Sur le Frioul, entre mer et silence, Johanna continue de broder des histoires. Lentement. Intensément. Comme on tisse une trace durable.

 
 
 

 
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